Les mesures douanières menacent la stabilité de la chaîne d’approvisionnement
Le prix des serveurs pour les entreprises augmentera inévitablement en raison de la politique commerciale de Donald Trump, du moins à court terme, alors que l’incertitude pèse sur la chaîne d’approvisionnement.
Droit de douane de base de 10 % sur toutes les importations aux États-Unis à compter du 5 avril et « plus » dès le 9 avril, sur base des « droits de douane réciproques » sur de nombreux pays. Les principaux producteurs mondiaux de matériel technologique, dont la Chine, la Thaïlande, le Vietnam et Taïwan, sont parmi les plus touchés.
Selon certains experts, les droits de douane sur les puces chinoises n’auraient pas beaucoup d’impact aux États-Unis, mais Taïwan, le Japon ou la Corée sont les sources d’une grande partie des puces de mémoire et de processeur qui entrent dans la composition de produits tels que les serveurs.
« Il y aura des impacts à court terme, a déclaré Lisa Su, CEO, AMD, lors d’une interview cette semaine à Yahoo ! Finance. A plus long terme, c’est difficile à dire. Nous devons examiner l’évolution de la situation au cours des prochains mois. »
AMD réalise 66 % de son chiffre d’affaires à l’international. Ses puces de pointe sont fabriquées par le géant TSM (Taiwan Semiconductor Manfucaturing). Globalement, les processeurs AMD ont représenté près d’un quart des puces de serveurs x86 vendues au troisième trimestre 2024. « Les droits de douane pourraient augmenter les coûts de production d’AMD et de ses concurrents, et leurs conséquences pourraient se répercuter sur les produits finis tels que les PC. »
Prix des serveurs des impacts différents
Incertitude, donc. Mais déjà des prévisions à la baisse. HPE a déjà prévenu que son chiffre d’affaires du deuxième trimestre 2025 serait impacté par les craintes d’impact des politiques commerciales annoncées jeudi sur les chaînes d’approvisionnement.
« Les récentes annonces de droits de douane affectant principalement notre activité serveurs, a commenté Marie Myers, VP Finances, HPE, lors d’une conférence téléphonique avec des analystes en mars. Nous travaillons sur des plans pour atténuer ces impacts par des mesures sur la chaîne d’approvisionnement et des mesures tarifaires. »
Même discours chez Dell Technologies. « Tout droit de douane que nous ne pouvons atténuer est considéré comme un coût de production, précise Jeff Clarke, Vice Chairman, Products & Operations. La hausse de nos coûts de production pourrait nous obliger à ajuster nos prix. Nous y avons été contraints par le passé. Franchement, je ne vois pas comment nous pourrions faire autrement… »
Lenovo se montre moins inquiet, négligeant l’impact des droits de douane. « Par rapport à nos concurrents, nous sommes plus flexibles et plus résilients ; nous nous adapterons à différents scénarios, a déclaré Yuanqing Yang, Chairman & CEO. Nous sommes donc convaincus de pouvoir non seulement garantir notre compétitivité sur le marché, mais aussi préserver nos bénéfices et nos performances ! »
La chaine d’approvisionnement est devenue plus complexe
Refonte du marché ? « Il est trop tôt pour le dire, estime Lidie Fernandez, Group Vice President, Worldwide Enterprise Infrastructure Trackers, IDC. Plusieurs entreprises ont annoncé leur intention d’ouvrir des sites aux États-Unis afin d’éviter les droits de douane, mais concernant les serveurs, cela pourrait prendre des années ! Le changement ne sera donc pas immédiat. Nous nous attendons à ce que la hausse des coûts soit répercutée sur les utilisateurs finaux. L’augmentation du prix des serveurs en sera la conséquence. Pour l’instant, rien n’indique une constitution de stocks, mais la situation pourrait évoluer prochainement. Les entreprises s’adaptent encore à cette nouvelle réalité. »
La situation est délicate. Par la nouvelle politique douanière. Mais pas seulement. La chaîne d’approvisionnement des serveurs est devenue très complexe avec l’avènement des serveurs IA, qui deviennent désormais des systèmes rackables -comme NVL72 de Nvidia- et le bassin de fournisseurs très limité, contrairement aux serveurs à usage général. De plus, analyse encore IDC, il est difficile de délocaliser brutalement la production vers un autre pays, ce qui prendrait beaucoup de temps.
« À bien des égards, l’incertitude est pire que les mauvaises nouvelles connues », conclut John Dinsdale, Chief Analyst, Synergy Research. Et c’est ce qu’on vit !